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Vient de paraître : le dernier roman d'Alexandre Lacroix, "Voyage au centre de Paris" (Flammarion, 382 pages). 

Quatrième de couverture 

Jardin du Luxembourg. Un homme s’adresse à une femme qu’il s’apprête à rejoindre : il lui raconte l’histoire des mythiques chaises du Jardin, lui parle de La Nausée de Sartre, fait un détour par la Fontaine Médicis... Puis il poursuit « en sa compagnie » une exploration sentimentale et savante de Paris. À chaque rue traversée sont convoqués des anecdotes méconnues, des auteurs oubliés et célèbres ou des souvenirs personnels, du temps où le narrateur visitait de nuit les catacombes, escaladait les toits de Paris ou rencontrait à la bibliothèque la femme qui l’attend aujourd’hui.
Dans ce récit aussi érudit qu’accessible, Alexandre Lacroix réussit à partager sa connaissance époustouflante de la ville et à mettre en scène un Paris intime et éternel. Et, ce faisant, il transforme ce roman géographique en un singulier voyage amoureux.

 

Extrait 
"De même qu’il existe une mélancolie portugaise inimitable, la saudade, sorte de nostalgie, non de ce qui fut, mais de ce qui aurait pu être, de même qu’il règne à Naples une nervosité générale, palpable dans les vrombissements des moteurs et jusque dans les vibrations de l’air, un stress qui tourne à vide et n’est nullement généré par le surmenage, mais semble émaner, comme une irradiation diffuse, des murs lépreux, de même quiconque a passé quelques dimanches solitaires et blafards à Paris a déjà éprouvé l’émotion caractéristique de cette ville : je veux parler du cafard parisien. C’est une morosité grise comme le zinc des toits, comme les trottoirs détrempés par la pluie, une sorte de désespoir zéro, sans cause précise et sans violence, une angoisse atmosphérique que vous inspirez sans vous en douter, qui finit par vous imbiber jusqu’aux vertèbres même si vous vous croyez encore plein de vie et d’optimisme.
Le paradoxe des villes, en général, c’est qu’on s’y sent plus seul qu’à la campagne, que l’isolement y prend une dimension poignante. Soudain, le monde ne répond plus. La foule est un flot continu, sur lequel on n’a aucune prise. Il y a tant de frères humains, mais tant de cloisons nous séparent. Or, cette loi du milieu urbain est amplifiée à Paris : peut-être parce qu’il flotte dans ses rues une virtualité d’amour, une promesse d’érotisme qui exaspèrent les moments de solitude. C’est carrément un gouffre qui s’ouvre sous les pas du célibataire en quête d’une âme sœur. Celui qui est malheureux à Paris fait tache, il est anormalement sombre dans la Ville lumière ; lui-même se trouve inutile et bête. À l’écart de l’agitation sociale, son état ne se réverbère plus que dans la couverture nuageuse qui pèse sur les tuyaux de cheminées, ou dans le délabrement dégoulinant des façades, les fêlures des trottoirs..."