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>>>Avant-critique de Quand j'étais nietzschéen par Jean-Christophe Périer parue dans "Livres Hebdo", le 19 juin 2009
"Jeune et nihiliste"

A seize ans, comme le narrateur d'Alexandre Lacroix, son double, on peut être à la fois très sérieux et parfaitement immature. Eprouver un authentique mal-être, surtout quand son père s'est suicidé à l'âge de quarante-quatre ans, celui de Nietzsche quand il a sombré dans la folie. Se montrer cruel par désespoir, se revendiquer impitoyable, au sens propre.
Découvrir Nietzsche et se trouver en phase totale avec son pessimisme, son nihilisme, son mépris des faibles. Puis se constituer les bases d'une solide culture philosophique qu'on concrétisera plus tard par une licence. Et dont on finira par faire son métier. Mais aussi se livrer à de grossières blagues de potache en compagnie de Franck, mauvais génie et meilleur ami, jamais en peine d'inventivité : comme gazer les passants à la bombe lacrymogène place de la Concorde, ou dérober de vieux crânes dans les catacombes d'un monastère grec de l'île de Chios ! Quelques actes gratuits de nos modernes Lafcadio. Gide aussi avait lu Nietzsche. 
Alexandre pratique encore le dérèglement rimbaldien de quelques sens, des beuveries homériques qui le mènent à l'alcoolisme absolu, et de maladroite tentatives pour jeter sa gourme, avec Claire par exemple, dont il ne sait pas bien s'il est amoureux. Mais il y a surtout, qui contribue à le marginaliser, la rencontre de Pierre-André, dit Piéran, un jeune dandy qui se voudrait le diabolique ensorceleur de tendres proies, mais se laisse prendre à son propre piège.  Ce fêtard munificent, ce clochard élégant, cet as du flipper toujours entouré d'une cour d'admirateurs pâmés et paumés tombe en fait raide amoureux du bel Alexandre, dont il se fait le Pygmalion. Il lui fait lire Platon et Bergson, le câline sur du Schubert. Ça n'ira guère plus loin : le giton fera atrocement souffrir son "vieux" maître.
Quinze ans lus tard, Alexandre, qui s'en est sorti, est devenu adulte, père - et rédacteur en chef de " Philosophie Magazine " - , revisite son adolescence chaotique, ce "temps des copains" qui aurait pu déraper. Franck, lui, ne s'en est jamais remis : il a poussé son nietzschéisme jusqu'au bout, la folie. Piéran lui, fricoterait avec l'extrême-droite. Les "chevaliers du Verre divin et du Verbe à pied" se sont perdus dans ce passé que le narrateur évoque avec un mélange d'humour, de nostalgie, et une sincérité qui confine parfois au masochisme. Depuis " De la supériorité des femmes ", son prcédent roman paru chez Flammarion en 2008 et présenté comme le premier d'une trilogie autobiographique dont " Quand j'étais nietzschéen " constitue le deuxième volet, Lacroix se dépeint en sale type, prenant le lecteur à témoin des comptes qu'il a à régler avec lui-même, et avec quelques autres. Peu importe. Le principal, c'est qu'il en fasse des livres aussi réussis que celui-ci : drôle, acide, intelligent, servi par un style enlevé et plein de trouvailles. Alexandre Lacroix en irritera peut-être quelques-uns, mais c'est l'un des meilleurs écrivains de sa génération, aujourd'hui trentenaire."

 

>>>" De la supériorité des femmes "a reçu un accueil critique pour le moins tranché, dont ces deux extraits donnent le ton :

" Alexandre Lacroix, le nombril du monde
Plutôt que " De la supériorité des femmes ", le dernier roman d'Alexandre Lacroix aurait dû s'intituler " De la supériorité d'Alexandre Lacroix sur le reste de l'humanité ". Autofiction sur le thème de la rupture amoureuse, ce livre est un monument élevé à la gloire de son auteur : intelligent, subtil, cultivé, doué pour les Lettres et les plaisirs de la chair, il se demande bien pourquoi sa compagne l'a quitté pour un autre ! Le lecteur, lui, s'interroge sur l'utilité de publier un tel ouvrage, car, au fond, les coups de blues de ce demi-dieu n'ont pas grand intérêt. " Il m'arrive d'écrire pour écrire, ou bien pour faire du style, sans avoir rien à dire ", affirme-t-il dès la première page du livre. Un éclair de lucidité dans un ciel lourd de complaisance.
Anna Topaloff, Marianne, 12-18 janvier 2008 "

" La rupture amoureuse selon Lacroix
La rupture amoureuse est une épreuve intime particulièrement douloureuse, qui laisse des traces sur la manière de se positionner face au monde extérieur autant que sur le jugement que l'on a de soi-même. Comme tant d'autres, Alexandre Lacroix a vécu pareille mésaventure (c'était durant l'été 2006), ce qui en soi n'aurait qu'une incidence privée, si ce dernier n'était pas un écrivain mettant un peu de son existence dans chacun de ses livres.
C'est bien connu, si l'on fait souffrir un créateur, il est presque certain qu'il cherche un jour ou l'autre se venger en consignant par écrit les faits et gestes des supposés ou prétendues coupables. Alexandre Lacroix n'a pas dérogé à la règle, et sur ce douloureux sujet qu'est la fin d'un amour entre un homme et son épouse, il vient de signer " De la supériorité des femmes ", un roman au titre très ironique et au ton vigoureusement polémique.
Ce livre est à la fois un témoignage et un exutoire, une expiation et une vengeance ", confie l'écrivain. C'est en tout cas une vraie fiction, très impudique, où Lacroix n'épargne personne, surtout pas lui-même et raconte en détail comment on en est arrivé là. La femme qui s'en va s'appelle Mathilde, et le fils tiraillé entre un père et une mère qui se déchirent se prénomme Julien. Existant l'une comme l'autre, ces personnages vivent ici des aventures mi-réelles mi-rêvées, et c'est souvent assez cruel tant sur le plan de la forme que dans le verbe. Alexandre Lacroix, qui a mis beaucoup de ses souvenirs dans les dialogues rapportés entre les différents protagonistes de l'affaire, n'hésite pas à décocher des flèches assassines à son ex-épouse, mais avec une hauteur de vue assez remarquable.
Professeur et rédacteur en chef de Philosophie Magazine, Alexandre Lacroix est un dialecticien, capable de parler de transcendance, d'impératif catégorique, de concepts moraux, par-delà le bien et mal, ou non, avec l'élégance d'une politesse un peu sombre. Trempant dans l'encrier de sa douleur une plume poétique très chevaleresque comme la maniait autrefois les Hussards de la littérature française, il compose un récit gigogne où les nombreuses scènes érotiques ne servent pas de prétexte à une narration graveleuse mais à une profonde réflexion sur l'importance de la sexualité dans les sociétés modernes.
" Il y a un côté commercial dans l'amour ", note Alexandre Lacroix. " L'acte sexuel ressemble à une négociation. Le but ? Atteindre un accord qui ne lèse aucune des deux parties. ", précise-t-il. Et d'étayer sa thèse par une succession de chapitres où l'émotion côtoie le burlesque, où le tendre se superpose au tragique, et où l'auteur déploie aussi ses ailes d'écrivain voyageur, qui considère combien les digressions sont importantes dans un roman, combien les flâneries apparemment inutiles sont le sel de toute vraie fiction à l'ambition littéraire.
Moins imaginatif que dans ses précédents romans, en tout cas à première vue (on se souvient de ses impeccables machineries narratives diaboliques qu'étaient " Etre sur terre, et ce que j'en retiens ", " La Mire " et " Un point dans le ciel "), Lacroix renvoie ses lecteurs à ses doutes et à ses propres failles. " C'est fou comme il faut souffrir pour évoluer, pour franchir les seuls de l'existence ", expose-t-il dans la dernière partie du roman. Et d'affirmer que si " la souffrance est notre seule école ", elle nous permet de se construire, de nous faire sortir de nos calculs égoïstes et d'accéder à une seconde innocence. " Plus grande est l'affliction que vous endurez plus vous serez capables d'empathie, mieux vous aimerez ", lance-t-il dans un dernier message d'espoir.
Ce n'est pas la moindre des leçons de vie de ce roman étrange, surprenant, où finalement au milieu du rire très nietzschéen d'un narrateur un rien désabusé, mais jamais résigné, il est beaucoup question de respects des autres, d'indulgence et de pardon. " De la supériorité des femmes " affiche en tout cas la supériorité littéraire d'un Alexandre Lacroix conteur virevoltant et admirable sondeur de l'âme humaine.
Jean-Rémi Barland, La Voix du Luxembourg, 10 janvier 2008. "

L'accueil des autres livres par la critique :

" La Grâce du criminel "

" Un point dans le ciel "

" La Mire "

" Se noyer dans l'alcool ? "

" Être sur terre, et ce que j'en retiens "

" Premières volontés "