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"Se noyer dans l'alcool ?"
PUF
" Perspectives critiques "
Date de parution : Août 2001
128 pages
ISBN : 2130521126
L'extrait :
"L'unité d'un style
littéraire est d'ordre biologique. Un style, ce n'est pas
une manière d'agencer des phrases qui pourrait être
reproduite à volonté. Ce n'est pas seulement un
lieu circonscrit à l'intérieur d'une langue, une
série de rapports entre les termes d'un dictionnaire qu'on
pourrait étudier dans le but de les refaire. On ne peut
pas écrire du Proust, écrire du Rimbaud, écrire
du Céline - il est impossible de raconter comme l'auraient
fait ces auteurs une scène qui ne se trouverait pas déjà
dans leurs livres - on ne peut que les imiter, et cet effort d'imitation,
avec ce qu'il a de borné et d'inadéquat, produit
un effet comique : c'est un pastiche. C'est pourquoi il faut reconnaître
qu'un style est d'abord contenu dans un corps : avec la disparition
physique de l'écrivain, se ferme la voie qu'il avait ouverte
dans les mots.
Cette dimension biologique du style amène une autre observation
: le style d'un auteur dépend bien sûr de ses choix,
de son vocabulaire et de sa culture, mais aussi et surtout de
son vécu, c'est-à-dire des différentes situations
concrètes dans lesquelles s'est trouvé son corps.
L'incarnation, avec tous les détails à première
vue insignifiants qui s'y rapportent - le régime alimentaire,
la santé, la qualité du sommeil, l'habitat - n'est
pas moins déterminante pour l'écriture que les influences
littéraires. Conséquence : une consommation d'alcool
régulière, vu qu'elle influe sur le fonctionnement
des organes, ne saurait être sans effet sur l'uvre
d'un écrivain.
On demandera alors par quels traits distinctifs se révèle
l'accoutumance à l'alcool. Cette question risque d'encourager
des conjectures hasardeuses. Je propose néanmoins de soutenir
ce point de vue, à titre de simple hypothèse : à
la période contemporaine, l'alcoolisme continu de certains
auteurs les a amenés à travailler dans le sens de
l'improvisation. La recherche d'une écriture de plus en
plus spontanée semble avoir été directement
stimulée par l'ivresse éthylique - on assiste à
une évolution similaire en musique, où les jazzmen
ont tenté de se libérer de toute préparation
et de la contrainte du thème, pour mener des improvisations
qui culminent avec un état physique proche de la transe.
"
Le thème :
De Baudelaire à Bukowski, l'alcool
connaît un âge d'or en littérature. Non seulement
les écrivains boivent, mais l'ivresse devient un de leur
thème majeur, qu'ils soient poètes, dramaturges
ou romanciers. Arthur Rimbaud, Bertolt Brecht, Jack Kerouac, Malcom
Lowry, Marguerite Duras
rares sont ceux qui échappent
à cette fascination. Cet essai s'intéresse à
la place qu'a tenu l'alcoolisme dans la vie des écrivains
et à l'impact qu'il a eu sur la littérature contemporaine.
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